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Histoire

 

 

Au milieu du XIXe siècle, l’église Saint-Jacques de Châtellerault connut d’importants travaux de restauration sous l’impulsion de l’abbé Auguste Boislabeille, curé et archiprêtre de 1845 à 1872, efficacement secondé par son vicaire et neveu, l’abbé Jean-Baptiste Boislabeille.

 

 

Portrait de l'Abbé Auguste Boislabeille

(Cliché Arnaud Clairand, Collection des musées de Châtellerault)

 

C’est à l’initiative de l’Abbé Jean-Baptiste Boislabeille qu’Ernest Bollée et ses fils fondirent, en 1867, un carillon de 50 cloches pour l’église Saint-Jacques de Châtellerault. 
 

La bénédiction des cloches de ce carillon donna lieu, le 13 novembre 1867, aux fastes et à la pompe que le Second Empire savait donner aux cérémonies tant civiles que religieuses. 

 

Sous la présidence de Mgr Pie, évêque de Poitiers, assisté des évêques d’Angoulême et d’Hébron, les 100 parrains et marraines présentèrent les cloches au clergé, composé, outre les prélats, de 10 chanoines et de plus de 150 prêtres, et au maire de Châtellerault  accompagné de son conseil municipal. Un public exceptionnellement nombreux était venu de toute la ville pour assister à cet événement sans précédent.

 

Les tours de St-Jacques au début du XIX° siècle

 

Les tours de St-Jacques au XX° siècle 

Dans les deux mois qui suivirent les cloches furent hissées dans les deux tours de l’église nouvellement reconstruites, puis vint le tour du mécanisme du jeu automatique, comportant un cylindre de 2 m de long et 1,60 m de diamètre, et enfin l’installation fut complétée par une machine à carillonner, nouvelle invention des Bollée, permettant un jeu manuel aisé du carillon par le moyen d’un simple clavier de piano.

 

Durant plus de soixante ans, ce carillon rythma la vie des châtelleraudais, son mécanisme automatique jouant trois fois par jour à 8 h, 12 h et 18 h.

 

En 1930, le Maître Carillonneur de Rouen, Maurice Lenfant, fut appelé pour conseiller une restauration du carillon et c’est à cette époque que le mécanisme automatique fut doté d’un moteur électrique, qui, malencontreusement mal dimensionné, provoqua à plusieurs reprises dans la suite des ruptures d’engrenages que les Bollée n’avaient pas conçus pour une telle utilisation.

 

Courrier de Maurice Lenfant à Jacques Daunizeau

confirmant son intervention en 1930

 

En 1952,  à l’occasion des fêtes du millénaire de Châtellerault, une restauration complète du carillon fut réalisée par la maison Paccard sur les conseils du Maître Carillonneur de Saint-Amand les Eaux, Maurice Lannoy. Cette dernière restauration eut pour effet de remplacer la machine à carillonner par un clavier traditionnel à coups de poings et de porter à 52 le nombre des cloches, par adjonction d’un Mi bémol et d’un Sol dièse qui manquaient dans la seconde octave.

 

 

A gauche, dessin de la machine à carillonner, inventée par Amédée Bollée en 1865. Document des Archives Bollée, reproduit avec l'aimable autorisation de M. Gérard Bollée.
A droite, le clavier de piano, seul vestige encore conservé de la machine à carillonner qui équipait le carillon de Châtellerault à l'origine.

 

Mais, dès 1955, le carillon automatique tomba à nouveau en panne sous l’effet de son moteur électrique et l’ensemble de l’instrument tomba rapidement dans l’oubli.

 

En 1965, Jacques Daunizeau, alors étudiant en sciences et organiste suppléant de la paroisse Saint-Jacques de Châtellerault, alerta par voie de presse l’opinion publique et la municipalité de la ville sur l’état du carillon et sur son importance historique. Cela eut pour effet de mettre en chantier une nouvelle remise en fonction du carillon autant pour le jeu automatique que pour le clavier manuel.

 

Louis Delapierre, Maître Carillonneur de la Basilique Notre-Dame de la Trinité de Blois, se rendit fort utile à cette occasion en prodiguant des conseils techniques aux ouvriers municipaux chargés de l’entretien du carillon et prenant en main la formation du jeune organiste pour en faire un carillonneur.

Pièce de Louis Delapierre composée pour le carillon de Châtellerault

 

Ainsi, le 1er octobre 1967, Maître Delapierre put faire retentir les cloches carillon de Saint-Jacques pour un mémorable concert du centenaire, en présence d’une foule très nombreuse et de Monsieur Jean Bollée, arrière petit-neveu d’Ernest Bollée, et lui-même fondeur des cloches à Saint-Jean de Braye aux environs d’Orléans.

 

Maître Delapierre au cours du concert du centenaire

 

 

Programme du concert du centenaire

 

En 1970, une nouvelle fois, le mécanisme automatique fut victime de son trop puissant moteur électrique. Et, depuis lors, il est resté muet jusqu’à ce jour. Mais, de son coté le clavier manuel permettait encore des auditions et celles-ci furent données de temps à autre par Maître Delapierre, jusqu’à son décès en 1981, et par son élève jusqu’à la fin des années 1980.

 

Jacques Daunizeau au carillon de St-Jacques en 1969

 

Le 14 mars 1980, le carillon de Saint-Jacques de Châtellerault fut classé Monument Historique pour l’ensemble de son matériel datant de 1867.

Extrait de l'arrêté de classement du carillon de Châtellerault

 

 


En 1980, avec 36 autres villes partenaires, Châtellerault participe à la Journée Nationale du Carillon

 

Hélas, malgré cette protection de l’Etat et en dépit de son intérêt exceptionnel, le manque d’entretien du carillon finit par rendre le jeu du clavier si incertain qu’il fallut renoncer à poursuivre les concerts. Le dernier qui fut donné au XX° siècle eut lieu le 4 juin 1988.

 

En 2010, le projet d’un film souhaité par le Caméra Club Châtelleraudais, les festivités marquant l’année jubilaire du pèlerinage de Compostelle, et le 500ème anniversaire de l’invention du carillon à clavier amenèrent la municipalité de Châtellerault à commander un nettoyage complet des tours de Saint-Jacques et une remise en fonction du clavier.

 

L’ancien carillonneur fut alors rappelé pour donner une série d’auditions, les 22 juillet et 29 août de cette même année. C’est le prélude à une restauration plus complète dont on espère qu’elle pourrait être programmée et menée à son terme pour la date symbolique du 150ème anniversaire de ce carillon, le 13 novembre 2017.

 

Supplément

Après la bénédiction du carillon, vint la période de son installation dont la lecture de la presse locale de l'époque nous permet de retracer le détail.

C'est seulement le 6 septembre 1868 qu'on put entendre officiellement, pour la première fois, le jeu automatique du carillon. Il fallut attendre le mois d'août 1869 pour que soit posée et inaugurée la machine à carillonner inventée par Amédée Bollée.

Dans un article du Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, paru le 20 août 1869, l'abbé Bisch, organiste de la cathédrale d'Angoulême, présente le nouveau clavier du carillon, qui sera inauguré en grande pompe, avec le concours de la Société Chorale de Poitiers, le dimanche 29 août de la même année. Cet article indique en outre que le mécanisme du carillon devra être complété par une horloge commandant le jeu automatique.

 

 

 

 

 

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